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jeudi 11 avril 2013

TDS 2012


Huit mois déjà depuis la TDS 2012. Il est temps de revenir sur terre pour écrire quelques lignes sur ce qui a sans conteste été la course la plus difficile de ma carrière encore modeste de traileur.

Jeudi 30 août 3 heures du matin. Pas besoin de réveil ce matin-là, cela fait une bonne heure que j'ai l'œil bien ouvert; pas besoin non plus d'aller dehors pour voir le temps qu'il fait : il tombe des cordes depuis deux heures, et le bruit de la pluie sur la tente ne facilite pas le sommeil.
Un rapide petit déjeuner, le plein des bidons et en route pour Chamonix avec Thierry et Guy qui ont tenu à m'accompagner jusqu'au départ. Nous montons dans les navettes pour Courmayeur qui nous déposent à Dolonne devant le centre sportif qui sert de base-vie pour l'UTMB. La salle n'est pas ouverte, et nous attendons assis sur les marches avant de remonter à pied au centre ville. J'ai retrouvé Ludo qui prenait la navette d'après. La pluie s'est arrêtée mais le temps reste très couvert.

Avec Ludo, au départ
Courmayeur – La Thuile - km 21,2
A 7 heures, c'est le départ beaucoup moins spectaculaire que celui de l'UTMB à Chamonix.
Un petit tour dans les rues de Courmayeur et c'est le début de la montée sur les pistes de ski, en direction de Maison Vieille. Le parcours n'est pas particulièrement beau, suivant une large piste de ski.
Montée au dessus de Courmayeur
Nous arrivons au col Chécrouit, premier ravitaillement et il se remet à pleuvoir, il faut sortir la veste qui ne me quittera plus jusqu'à l'arrivée. Le parcours devient plus intéressant, en mono-trace, mais il y a encore beaucoup de monde et la montée se fait en file indienne.
Le col de la Youlaz est un gigantesque embouteillage, le sentier serpentant dans un éboulis de schiste très raide ne permet pas de doubler et la montée se fait pas à pas sous une pluie fine bien glacée. J'ai très froid, mais je n'ai pas envie de m'arrêter pour ne pas perdre ma place dans la file.

Montée au col de la Youlaz

J'arrive enfin au col à 10h24, pas loin de 3h30 pour parcourir 11 km, un record de lenteur. Je stoppe quelques minutes le temps d'enfiler une polaire sous la veste, de vider le sac à la recherche infructueuse des gants chauds oubliés sur mon duvet dans la tente, puis enchaîne la descente de 10 km jusqu'à La Thuile. Je retrouve Thierry et Guy qui m'encouragent au passage.
Un arrêt minimum au ravitaillement dans une salle bruyante et surchauffée puis direction le col du Petit Saint Bernard.

La Thuile – Bourg Saint Maurice - km 44,3
Le parcours se fait d'abord sur une portion de route dont on coupe régulièrement les lacets puis sur un chemin herbeux agréable. Il ne pleut plus, mais le temps reste très bouché et menaçant.
Juste en dessous du col, le tracé a été modifié pour éviter la route, le passage se faisant sur la rive ouest du lac Verney avec une remontée droit dans une pente juste défrichée dans les rhododendrons.
Lac Verney et dernière montée avant le petit Saint Bernard
Au col, le vent est très violent, le ravitaillement glacial. J'avale un coca et continue ma route. Le passage du col est totalement dans les nuages, dommage pour les photos.
Encore 11 km de belle descente jusqu'à Seez suivis de 3km interminables de plat en fond de vallée pour gagner Bourg Saint Maurice.
15h50 à Bourg Saint Maurice, le ravitaillement est tout petit, les quelques places assises inabordables. Debout, j'avale un coca, une soupe, un bout de banane et décide de ne pas m'attarder ce que je regretterai plus tard. Je suis d'ailleurs tellement pressé de partir que j'oublie également de remplir mes deux bidons et que je ferai la montée avec ½ litre seulement.
A la sortie du ravitaillement, il y a un contrôle du matériel obligatoire, il faut vider les sacs. Comme gants chauds et imperméables, je n'ai que mes gants de VTT à doigts coupés et les surmoufles Raidlight vendues comme imperméables et totalement trempées. Je présente tout le reste du matériel obligatoire et réussis à enfumer le contrôleur qui me laisse passer, mais je ne suis pas très fier de cet oubli impardonnable sur ce type d'épreuve.

Bourg Saint Maurice – Cormet de Roseland - km 60,3
A 16 heures, je repars sous un rayon de soleil, le seul de cette course. Une traversée assez surréaliste de la ville en zigzaguant dans la rue piétonne entre les passants étonnés.
Les commentaires affirment que la TDS ne commence vraiment qu'à Bourg Saint Maurice, je comprend très vite pourquoi : Le tracé quitte la ville pour une interminable montée de 1600 m de dénivelé pour seulement 9 km qui va m'occuper jusqu'à la nuit.
Montée au fort du Truc
Je commence à accuser une grosse fatigue et j'ai l'impression d'avancer au ralenti dans la pente. Les quelques coureurs qui m'entourent n'ont pas l'air au mieux de leur forme, ça me rassure un peu.
Monter, toujours monter. Au fort de la Platte, j'ai une brève lueur d'espoir, la pente s'adoucit un peu, mais c'est pour mieux repartir vers la col de la Forclaz. Je n'ai plus une goutte d'eau et le ravitaillement est encore bien loin.

J'arrive enfin au passeur de Pralognan à 20h18 avec seulement 40 minutes de retard sur mes prévisions.
La nuit commence à tomber, la pluie revient et la température baisse de plusieurs degrés surtout que nous sommes à plus de 2500 m d'altitude.
La descente de l'autre côté est très technique avec une première partie délicate dans un sentier hérissé de pierres glissantes mouillées par la pluie et tapissées de boue par les coureurs précédents, sécurisé par une corde à certains endroits. Mieux vaut être très prudent pour ne pas redescendre très très vite au fond de la vallée.
La descente reste toujours aussi raide, mais le terrain s'améliore permettant de recourir un peu.
Il fait de plus en plus sombre, mais par lassitude, je n'ai pas sorti ma frontale. Au bout de trois chutes de plus en plus douloureuses, je retrouve la raison et me décide enfin à m'arrêter pour chercher ma lampe. Je mets un temps fou à la retrouver dans le noir presque complet et avec les doigts complètement raidis par le froid.
Je copierai 30 fois « il faut toujours s 'arrêter quand on voit encore clair pour chercher quelque chose dans son sac »
Le temps ne s'améliore pas, la pluie tombe de plus en plus fort et le froid devient vraiment intense.
La lumière améliore bien la vitesse de progression, mais le manque de boisson et d'alimentation se fait durement sentir. Je suis incapable d'empêcher mes dents de claquer tellement j'ai froid. Il n'y a que 5 km jusqu'au Cormet de Roseland, mais ils seront les plus éprouvants. Pas question de s'arrêter, je n'ai plus qu'une idée en tête : arriver le plus vite possible au ravitaillement.

Le ravitaillement au Cormet de Roseland tient de la cour des miracles, il n'y a pas un espace libre et règle une effervescence tout à fait inhabituelle que je ne comprendrai que le lendemain à l'arrivée : 497 concurrents ont abandonné ici.
Il y a des coureurs transformés en zombies, hagards, le regard fixe, avachis sur les tables, d'autres transforment des couvertures de survie en tee-shirts supplémentaires. J'essaye de boire un peu de coca en en renversant la moitié tellement je tremble de partout. Je renouvelle l'expérience avec un bol de soupe qui me réchauffe un peu les mains. Je n'ai pas le temps de réagir que la soupe et ses haricots se retrouvent sur le sol de la tente. Je réussis quand même à sortir à temps pour vomir le reste à l'extérieur. L'avantage, c'est qu'à partir de maintenant, je vais gagner du temps sur les ravitaillements.
Je m'avachis sur un banc, sors tous mes vêtements de rechange du sac à dos et les enfile les uns sur les autres. Avec 5 couches, les grelottements finissent par céder, puis une douce somnolence m'envahit. L'endroit est mortel, il faut partir de suite.

Cormet de Roseland – col du Joly - km 79,2
Du Cormet de Roseland au col du Joly, je suis entré dans un trou noir qui a figé le temps et je n'ai plus qu'un souvenir confus de longues semaines de marche seul dans la nuit.
Marcher, toujours marcher sur un chemin désert avec pour seuls repères le reflet de quelques frontales toujours si loin au dessus de moi dans la montée du col de la Sauce.
Je me souviens d'un banc à la Sausse sur lequel j'essaye de m'assoupir quelque minutes, en vain, il fait trop froid.
Je me souviens d'un surprenant névé coupant le chemin avant La Gitte, d'une longue errance sur un flanc de montagne désertique, puis brusquement, au détour d'un crête d'une traversée d'un troupeau de vaches placides qui squattent l'arrivée d'un télésiège.
Le vent ramène par bouffées quelques échos de musique : la civilisation est proche, donc le ravitaillement.
Je me vautre sur le premier banc dans l'entrée et reste là inerte, incapable d'aller plus loin. Évidemment un secouriste me tombe sur le poil en me demandant si ça va.
Bien sûr, tout va bien : je suis totalement épuisé, complètement gelé, ça fait 6 heures que je n'ai rien avalé à cause des vomissements et il reste encore 35 km avant l'arrivée. Enfin je ne lui parle que des vomissements puisqu'il me rapporte un vogalène et un verre de coca. Je réussis à avaler et garder les deux, il y a du progrès.
Je retrouve Jean-Camille que je croyais loin devant et qui a fait ici une pause longue. Il ne semble pas très chaud pour continuer, mais il est hors de question d'abandonner et il se laisse facilement convaincre de reprendre la route.

Col du Joly – Chamonix - km 111,9
Il est 4h20, le jour va se lever dans 1h et le parcours est en descente, le moral est au beau fixe. Le passage à Notre Dame de la Gorge nous booste encore davantage car nous connaissons bien l'endroit situé sur le parcours de l'UTMB. Aux Contamines, nous faisons un bref arrêt au ravitaillement, le jour se lève sur la dernière partie du trajet.
Nous avalons les 500 m de dénivelé positif pour les chalets du Truc sans presque nous en rendre compte. Il commence à neiger, et de plus en plus en montant au col de Tricot.

Nous sommes complètement gelés en arrivant en haut, mais le jour et la proximité du but ont changé la donne et nous savons maintenant que nous irons au bout.


Nous dévalons la descente du col de Tricot à toute allure, droit dans la pente et dans la neige fraîche en doublant pas mal de coureurs évoluant au ralenti. Même sur les quelques kilomètres de route avant les Houches, nous arrivons à courir sans arrêt, ayant retrouvé un second souffle. Par contre, les huit derniers kilomètres nous paraissent bien longs, le chemin horizontal est parsemé de petites côtes d'au moins deux mètres de dénivelé qui semblent des murs et nous obligent à marcher.
A l'arrivée dans Chamonix, les applaudissement des spectateurs fort nombreux en cette fin de matinée nous contraignent à adopter une foulée certes peu aérienne, mais foulée quand même, accompagnée d'un sourire béat jusqu'au passage de la ligne d'arrivée que nous franchissons à 12h28. Mission accomplie.


Quelles conclusions tirer de cette aventure :
- Même après plusieurs années de pratique, il est facile de commettre des erreurs de débutant comme oublier ses gants ou ne pas remplir ses bidons au ravitaillement.
- Je n'ai toujours pas résolu mes problèmes d'alimentation récurrents dès que la distance dépasse 60 km et même si j'ai une bonne capacité d'évoluer en totale autonomie sur une course de deux jours, le résultat ne sera peut-être pas le même sur une semaine à la PTL.
- Mes estimations de temps ne sont pas trop mauvaises, puisque exactes de Courmayeur à Bourg Saint Maurice et du col du Joly à Chamonix. Le retard de trois heures (sur 29h30 de trajet) est dû aux condition extrêmes entre le Passeur de Pralognan et le col du Joly. De toute façon, comme disait Pierre Dac, les prévisions sont difficiles surtout lorsqu’elles concernent l’avenir.

lundi 26 novembre 2012

Eiger Ultratrail


Premier Ultratrail dans l'Oberland, la première édition de l'Eiger Ultratrail aura lieu les 20 et 21 juillet 2013 au départ de Grindelwald.
Une vue magnifique au pied de la face nord de l'Eider et trois distances : 101 km 6700 m D+, 51 km 3100 m D+, plus un petit 16 km 960 m D+ anecdotique.
3 points UTMB 2014 pour le 101, 1 pour le 51.
Inscription 135 FS (162 €).
Tous renseignements sur www.eigerultratrail.ch


Quelques photos, juste pour rêver


lundi 5 mars 2012

Trail de Vulcain 2012



Un gros morceau au programme du week-end dernier : la 11e édition du trail de Vulcain. C'est la première étape du challenge RaidLight 2012 (la seconde étant les 1000 marches)
Du trail de Vulcain d'origine que j'avais couru en 2008, il ne subsiste que le nom, puisque repris par une nouvelle équipe, tout a changé, le parcours et la distance (74 km au lieu de 51).
Nous sommes partis à 5, trois Mille Pattes : Ludo, Jean-Mi et moi et deux Ultr'Amicalistes, traileurs aguerris : Thierry et Gérard.
Après avoir pris possession de nos hôtels respectifs à Riom, direction le complexe sportif de Volvic pour récupérer nos dossards, visiter le mini salon du trail et commencer la réhydratation à la bière d'Auvergne.

Puis nous regagnons Riom pour la pasta façon traileur : truffade - vin rouge après une bouteille de la fameuse pousse d'épines bérugeoise.
A 4 heures du matin, nous engloutissons un copieux petit déjeuner servi par le patron de l'hôtel, ancien coureur, qui s'est levé pour nous.
 Le départ se fait à la frontale, à 6 heures; il fait frais, mais sans excès, l'équipe est hyper-motivée.

Après une longue montée progressive sur un large chemin pour chauffer et étirer le peloton, c'est la première surprise, au bout de 16 km, l'ascension par la face nord, droit dans l'axe, du puy de la Louchadière, une pente à 33,5% dans un mélange terre grasse-feuilles mortes peu propice à l'adhérence. La descente se fait de la même façon, directement dans la trace avec quand même la possibilité de se freiner grâce aux arbres rencontrés.
La suite alterne larges sentiers roulants et monotraces étroites et boueuses.
Petit à petit, nous nous rapprochons de la cerise sur le gâteau : le puy de Dôme.
Après un très large détour en forêt, nous arrivons au ravitaillement du col de Ceyssat, au pied de la montée par le chemin des muletiers.
Le sentier est régulier et facile, mais la pente forte (19%). Au sommet (1465 m), belle vue à 360° sur Clermont Ferrand et la chaîne des puys. Nous n'en sommes encore qu'à la moitié, et l'énergie est en baisse.

Le reste du parcours est en grande partie en forêt, alternant de sèches montées avec des replats sur lesquels il faut sans cesse se relancer. Le dernier ravitaillement est à Vulcania au 51e km. Le soleil voilé qui nous avait accompagné depuis le matin a disparu et c'est la pluie qui le remplace. Concentré sur la régularité de l'hydratation, je m'aperçois que j'ai totalement oublié de m'alimenter correctement et, annonçant l'hypoglycémie, je subis une attaque de mouches volantes sur mon champ visuel (vu leur taille, je pense même que c'était des chauves-souris); j'ai l'impression de monter chaque côte au ralenti avec la vivacité d'un scaphandrier. Deux barres et une pâte d'amande seront nécessaires pour chasser les bestioles et me redonner un peu d'énergie. Nous finissons avec Gérard et Thierry, qui m'ont attendu, en 11 heures, Jean-Mi une heure plus tard. Ludo vaincu par les virus s'est arrêté à 51 km démontrant une bonne progression dans sa gestion mentale du trail (sur un ultra, s'arrêter à temps nécessite une grande lucidité).
75 km au GPS pour 2800 m de dénivelé positifs, un balisage et une équipe de bénévoles sans reproche, tous les atouts étaient là pour assurer un week-end parfait.

mardi 30 août 2011

UTMB 2011


Jeudi 26 août
J’arrive à Chamonix à 15 heures, il fait un temps superbe (comme l’an dernier avant la pluie !). Un passage au parking du Grépon pour récupérer ma carte de stationnement et je me dirige vers Argentière pour mon installation au camping du glacier.
Je redescends ensuite à Chamonix pour récupérer mon dossard ; j’arrive en pleine période de pointe et il faut bien une heure pour achever le tour malgré l’efficacité des bénévoles. Le contrôle du matériel obligatoire est cette année beaucoup plus strict. Une fois sorti, je me retrouve comme les autres avec une puce rouge sertie autour du poignet qui permet de ne pas passer inaperçu dans les rues.
Un rapide tour au salon du trail, puis retour et coucher de bonne heure.

Vendredi 27 août
Surprise, au réveil, nous recevons le texto suivant :
UTMB : perturbation orageuse importante + froid, pluie ou neige. Départ retardé à 23h30. Parcours inchangé sauf Vallorcine-Chamonix par le fond de vallée.
Mon tableau des temps de passage passe à la poubelle, je n’ai pas envie de recalculer tous les nouveaux temps, d’ailleurs ils n’auraient eu aucun intérêt puisque les portions nuit/jour et l’itinéraire sont modifiés.
Je profite du temps libre pour explorer les magasins de sport de Chamonix, faire des photos dans les rues et regarder les arrivées de la TDS.
A midi : pizza + bière puisque j’aurai largement le temps de la digestion.
Je revérifie encore une fois tous mes sacs, rajoute une couche supplémentaire dans le sac de course. Le temps se couvre rapidement et à 17 heures, la pluie commence à tomber à torrents.
Je quitte le camping à 20h30, une halte au gymnase pour déposer le sac pour Courmayeur et je suis déjà complètement trempé car il tombe des cordes. Je dépose la voiture au parking du Grépon et me change tant bien que mal à l’intérieur.
A 22H45, il faut affronter la pluie : 15mn de marche et me voici sur la ligne de départ. Il n’y a vraiment pas grand monde sur la place, tous les coureurs devant attendre au sec quelque part.


Au bout d’1/4 d’heure cependant, la place se remplit peu à peu de coureurs et je retrouve André et Christophe dans la foule.
Contrairement à l’an dernier, le temps ne se prête pas aux grands discours. Un petit coup de la musique officielle de l’UTMB : Conquest of Paradise qui donne des frissons et l’envie de se dépasser à tout le monde.
Il y a tellement de bruit que je n’entend même pas le départ et c’est en marchant que j’atteins la ligne. La foule est impressionnante de chaque côté des barrières qui rétrécissent le passage et c’est dans un tintamarre d’applaudissements, de cris, de cloches à vaches que nous passons en marchant dans la rue principale de Chamonix. Il est impossible de courir avant les dernières maisons.
Puis le bruit de la foule se calme petit à petit, remplacé par celui de milliers de chaussures sur le bitume mouillé.



Partie 1 : Chamonix – Notre Dame de la Gorge


 


















L’attente sous la pluie m’a bien refroidi et j’adopte un rythme relativement rapide pour me réchauffer. Nous quittons la route aux rochers des Gaillants ; le chemin est relativement plat entrecoupé de petits raidillons qu’on peut passer en courant.
Un bref arrêt pour remplir un bidon aux Houches puis c’est l’attaque de la première difficulté : 800m de dénivelé pour le col de Voza et le Délevret. Je trouve cette montée beaucoup plus longue que l’an passé, mais la dernière fois, il faisait encore jour.
Il faut ensuite attaquer la descente sur Saint Gervais : 6 km et 1000 m de D-.
Le parcours est beaucoup moins glissant qu’en 2010, mais demande quand même une attention soutenue pour éviter les chutes assez nombreuses autour de moi. J’arrive à saint Gervais à 2h20, il fait froid, j’ai les mains glacées dans mes petits gants de VTT trempés par la pluie ; j’avale une soupe et un coca et repars de suite pour les Contamines. Le parcours est en faux-plat montant entrecoupé de portions plus raides. Il n’y a plus grand monde dans les rues des Contamines à 4 h du matin. J’avale une autre soupe, un autre verre de coca et c’est reparti pour une portion roulante jusqu’à Notre Dame de la Gorge toute illuminée dans la nuit.

Partie 2 : Notre Dame de la Gorge - Courmayeur


















Puis commence une portion très raide avec un chemin parsemé de grosses dalles de pierre. Comme j’ai déjà reconnu cette partie le mois dernier, je ne suis pas surpris et prend un rythme régulier en relançant sur la portion plate avant la Balme.
La Balme est le dernier ravitaillement avant le col du Bonhomme annoncé sous la neige. Il est 5h48, le froid devient plus vif avant le lever du jour. Je me pose sur un banc devant le feu de bois et décide de prendre des vêtements chauds supplémentaires. Sous la veste, le maillot est trempé, mais je n’ai pas pris de rechange pour m’alléger. Je superpose ma polaire et une veste légère à capuche rajoutée au dernier moment avant de quitter la voiture. Je change mes gants de VTT trempés pour des gants chauds et imperméables.
L’ascension finale du col du Bonhomme est une formalité vite expédiée. Le jour commence à se lever et la neige fait son apparition au sol : pas les 5 cm annoncés, mais une petite couche fraichement tombée. Un bref arrêt au col le temps d’une photo et j’enchaine la montée au refuge de la croix du Bonhomme, puis la descente sur les Chapieux, très longue (937m de D-) avec des passages sur des plaques de schiste rendues très glissantes par la boue et la neige, un passage qui doit être beaucoup plus délicat dans les conditions habituelles de nuit.


8h05 : un bref arrêt aux Chapieux. A la sortie du ravitaillement, il y a un contrôle de matériel inopiné, mais ils ne vérifient qu’une seule chose : la présence d’un téléphone portable. Cet arrêt me permet de me rendre compte que j’ai oublié mes bâtons dans la tente et j’ai le droit de sauter les barrières pour refaire un tour.

La portion suivante se fait sur une route goudronnée qui monte juste ce qu’il faut pour ne pas permettre de courir, mais au moins on peut se relâcher et marcher d’un bon pas sans avoir besoin de surveiller ses pieds. Il s’est mis à repleuvoir une petite pluie fine et glacée.


Nous passons à la Ville des Glaciers : en fait de ville, il n’y a que quelques bergeries à demi ruinées et on ne voit aucun glacier !

Au dessus, le sentier se redresse nettement et monte en lacets vers le col de la Seigne à 2500 m. Les nuages nous entourent de plus en plus, le vent se lève et la pluie se transforme en neige. A 10h38, c’est dans une véritable tempête de neige que je franchis enfin le col aperçu au dernier moment uniquement parce que les signaleurs sont là pour pointer.


De l’autre côté du col, c’est l’Italie et il n’y fait pas beaucoup plus beau, mais la neige ne tombe plus et la descente dans les alpages est facile et permet de récupérer.
Au ravitaillement du lac Combal, le soleil commence à apparaître de plus en plus nettement. Il est 11h20 quand je repars pour attaquer l’arête du mont Favre, courte mais vraiment très raide. Heureusement le panorama sur les glaciers du Miage et du Brouillard permettent de distraire l’esprit et sont l’occasion de nombreuses pauses photos.
Les nuages se sont totalement dissipés et il commence à faire vraiment chaud mais je n’ai pas le courage de m’arrêter au bord du sentier pour retirer une couche.
Au col Chécrouit, le ravitaillement est en plein soleil sur une terrasse qui domine Courmayeur. Il y a des tables en bois et plein de coureurs allongés dans l’herbe ; la tentation est grande de les imiter, mais je résiste. J'avale un bol de salade de fruits (frais me précise le responsable).


J’en profite pour enlever la veste compte tenu de la chaleur actuelle (en moins de 15 km nous sommes passés de conditions hivernales à -5° au plein été à 25°).
La descente sur Courmayeur est très agréable sur un monotrace bien raide, ombragé, entrecoupé de marches à sauter : tout ce que j’aime.
J’arrive à Courmayeur à 14h15 et récupère mon sac de change. Le ravitaillement est situé dans le Forum Sport Center, un immense gymnase avec des tables.
Je change entièrement le haut, puis chaussettes et chaussures. La polaire est trempée mais je n’en ai pas pris d’autre, elle sèchera dans le sac.
Je regarde les messages, ceux de la famille et des copains qui me suivent qui redonnent le moral et celui de l’organisation :
Info UTMB : changement parcours après Champex. Bovine inaccessible suite intempéries. Parcours dévié par Martigny. Parcours total = 170km, 9700mD+
Trop cool : 5km et 200 de dénivelé en plus !
J’avale tant bien que mal une portion de pâtes à la tomate un peu trop « al dente », remplis mes bidons et à 14h45, je pointe à la sortie pour la seconde partie de la course.

Partie 3 : Courmayeur – Champex

















A la sortie du ravitaillement, traversée de la ville dans les rues de Courmayeur et on attaque la montée à Bertone sur un sentier raide en plein soleil. La partie Bertone - Bonatti est relativement plane permettant de bien courir sur ce sentier en balcon.


Dans les derniers lacets avant Arnuva, le coureur juste devant moi se retourne : c’est Christian que je ne lâcherai plus jusqu'à l'arrivée. Nous finissons ensemble la descente sur le ravitaillement. Je retrouve aussi André et Christophe qui me font part de leur décision d’abandonner car plus de jus. C’est aussi mon cas, mais je ne m’attarde pas trop. Une soupe et un coca comme d’habitude et j’ai juste le temps de sortir de la tente avant de tout vomir au pied d’un arbre. Je ne fais pas d’autre essai et prends la trace de Christian qui est déjà reparti pour la montée du grand col Ferret, le gros morceau du parcours (2537m et 99 km de course). Le jour tombe rapidement ainsi que la température, le vent souffle par bourrasques violentes et la montée est un calvaire : je n’ai plus de jus et je me traine péniblement pour suivre Christian. En plus, j’ai très froid puisque fort intelligemment, je suis parti d’Arnuva avec juste une polaire. Au sommet du col, la nuit est totale avec un brouillard épais, la température ressentie est à -15 d’après les pauvres signaleurs qui se gèlent sur place. J’essaie vainement de passer ma veste, mais le vent est si fort que je dois me faire aider pour passer la manche. Nous ne perdons pas de temps pour nous engager dans la descente et dès les premiers lacets, le vent se calme et les conditions de température deviennent plus clémentes. La nuit et le brouillard nécessitent une attention soutenue pour ne pas louper une balise.
La descente sur la Fouly dure des heures interminables et à seulement 23h24 nous arrivons au ravitaillement totalement exténués. Je n’ai rien bu depuis Arnuva et le verre de sirop de cassis avec eau fraiche de la fontaine que me propose un bénévole me tente bien ; malheureusement, il ressort dans le caniveau au bout de 5 secondes. Christian décide de faire une sieste de ¾ d’heure et s’allonge sur un banc. Je somnole un peu avachi sur la table en attendant, mais il fait relativement froid sous la tente et il est difficile de dormir en frissonnant.
L’arrêt est quand même récupérateur et je parviens à avaler deux bouts de banane avant de repartir direction Champex.
L’étape La Fouly-Champex est l’une des plus longue, la nuit donnant là-aussi une impression d’éternité. Le parcours n’est pas difficile techniquement, mais usant à force de montées-descentes successives vers un but qu’on ne peut pas voir.
Nous arrivons enfin à Champex à 4 heures du matin. Petite halte dans la tente chauffée cette fois-ci. Je peux avaler une compote et un bout de la fameuse tarte aux myrtilles de Léon. ¼ d’heure de pause, et le moral est revenu : la nuit est presque finie et le parcours modifié que nous annonce un responsable est très simple : une descente de 1000 m jusqu’à Martigny suivie d’une montée de 1000 m jusqu’au col de la Forclaz.

Partie 4 : Champex – Chamonix


















Le jour se lève et la descente est tout de suite plus agréable quand on peut voir le paysage. Le parcours est facile, alternance de passages sur routes et petits chemins passant entre des chalets suisses posés sur les prairies. Il nous faut quand même plus de 4 heures pour arriver enfin tout en bas dans un village où Christian s’étonne de ne voir aucun pointage. Evidemment, et c’était une surprise non prévue, nous ne sommes pas encore à Martigny, mais à Bovernier sur la route du Grand Saint Bernard et Martigny est de l’autre côté de la crête. Il faut monter ce que les autochtones appellent la montée des vignes certes touristique et au soleil, mais vraie montée suivie d’une vraie descente pour arriver enfin au pointage de Martigny à 9h08. Nous ne perdons pas de temps, la journée sera encore longue et nous entamons la montée du col de la Forclaz : 1000 m de dénivelé droit dans la pente avec une succession de portions goudronnées et de chemins sous une chaleur qui devient vite écrasante.

Heureusement, le parcours est jalonné de ravitaillements sauvages offerts par les spectateurs suisses qui proposent de l’eau fraiche, du café ou du jus d’orange. C’est agréable et très apprécié.

Enfin au col, nous basculons sur la descente de Trient où nous arrivons à midi. Nous retrouvons les accompagnateurs du PEC et la famille de Christian, l’ambiance sent la fin de course proche.
Mon énergimètre est dans le rouge depuis longtemps, mais rien ne me tente au ravitaillement sauf deux grands verres de lait à la grande surprise de la préposée aux boissons qui m’annonce que je suis le seul coureur à lui avoir fait une telle demande.

Nous repartons pour Catogne qui est la dernière montée sérieuse suivie d’une longue traversée pour aborder l’autre vallée et basculer sur Vallorcine.
La pente est  modérée au départ puis de plus en plus raide et technique pour finir droit sur une piste de ski et l’entrée du ravitaillement. Je recommence l’opération lait qui m’avait bien réussi à Trient, mais suscite le même étonnement des bénévoles.


De Vallorcine au col des Montets, le chemin est facile en montée douce sur laquelle nous parvenons à courir. La fin est proche et la certitude de finir nous donne des ailes.
Nous courons du col des Montets à Argentière en dépassant sans arrêt des coureurs. A Argentière, nous ne nous arrêtons même pas au ravitaillement pour enchaîner la partie finale sur Chamonix par le petit balcon sud très facile pour une randonnée estivale, mais usant pour une fin d’ultra.
La traversée de Chamonix est un délire style tour de France, avec des spectateurs massés de chaque côté des barrières qui nous acclament, puis c’est la ligne droite finale et nous terminons main dans la main après 43h30 de course dans les bras de Catherine Poletti qui nous fait la bise. Christian a même droit à une deuxième puisqu’aujourd’hui, c’est son anniversaire.


Je récupère la caution de la puce qui servira fort opportunément à payer les bières, la polaire finisher durement acquise et nous nous affalons à la terrasse du bistrot le plus proche : c’est fini.



Bilan final
C’est une course d’une grande ampleur rendue encore plus difficile cette année par la succession des climats rencontrés. Pluie, neige, brouillard, froid, grosse chaleur ont fait des dégâts dans le peloton qui comptera au final plus de 52% d’abandons ; il faut saluer la remarquable efficacité de l’équipe d’organisation qui sait mettre en place un départ inoubliable, est capable dans la nuit de proposer et rebaliser un parcours alternatif et assurer l’accueil à l’arrivée de chaque coureur jusqu’au dernier.
C’est la qualité de cette organisation conjuguée à la difficulté du parcours et à la beauté des paysages qui permet à l’UTMB de garder sa place de tête dans les courses d’ultra.